La fréquente confusion avant-arrière ressentie à l’écoute d’un flux binaural a plusieurs causes.


1/ Synergie
Dans la réalité, tout d’abord, notre perception est multimodale : elle met en jeu tous nos sens pour donner du réel une représentation (une sensation) aussi complète, solide et fiable que possible. À l’écoute du seul flux binaural, les processus mutuels de confirmation ne fonctionnent pas. Les autres modalités manquent, la vue en particulier, un sens rapide dévolu à la surveillance de la zone frontale. Chez les voyants, l’ouïe surveille l’hémisphère arrière. Chacun a pu l’expérimenter : si un son nous interpelle dans la zone arrière, un automatisme (la conscience n’a pas besoin de donner son accord) nous fait pivoter et voir pour valider très vite notre analyse de la situation.

2/ Indices fragiles et dynamiques
La fonction de transfert binaurale différencie peu l’avant de l’arrière : seul le pavillon de l’oreille modifie la symétrie avant-arrière de la tête dans l’axe sagittal. Ce sont des indices importants, mais minuscules, qui interviennent aux fréquences élevées. Nous améliorons cette faible distinction de manière dynamique dans la réalité. Nous bougeons (y compris de manière inconsciente), nous opérons de légères rotations qui nous aident à trianguler les sources sonores et à lever les ambiguïtés de localisation. Cette fonction dynamique disparaît avec l’écoute au casque si un système de suivi des mouvements de la tête (« head-tracking ») n’est pas mis en place.

3/ HRTF individuelle
La faiblesse « congénitale » de l’ouïe pour l’analyse de la zone avant (elle surveille l’arrière) est encore aggravée quand nous n’écoutons pas le flux binaural avec l’HRTF qui nous est propre. Les indices étaient fragiles, ils sont en plus approximatifs : le cerveau a tôt fait de renvoyer la moindre ambiguïté vers l’arrière.

Résumons : vous écoutez une scène 3D, avec des actions spatialisées devant vous, mais votre cerveau ne reconnaît pas exactement votre HRTF, aucune image ne lui confirme que l’action se passe devant et il a beau ordonner de petits mouvements, le casque et la scène sonore bougent avec vous : il en conclut (assez légitimement) que la chose doit se passer derrière.
La distorsion de représentation spatiale est au final spécialement forte pour l’avant.
Bien entendu, une scène sonore mal fichue, pauvre, ne facilitera pas les choses, mais en général, la confusion avant-arrière n’est pas liée à un défaut de qualité du flux binaural. Il est facile de tester qu’un sujet à qui l’on bande les yeux et que l’on empêche de bouger a le plus grand mal à distinguer l’avant de l’arrière avec un même son que l’on promène (silencieusement) autour de lui : il manque tout simplement d’indices. Et dans cette petite expérience, le sujet écoute pourtant avec sa propre HRTF !

Pour améliorer les choses, il faut donc de l’image, un head-tracker, une HRTF individiduelle.
En attendant, il reste l’entraînement : habituer le cerveau à décoder l’espace avec moins d’indices. L’entraînement ne permettra pas d’atteindre les performances obtenues avec une perception synergique, mais il les améliorera.
Pour ce faire, 3D radio vous propose d’écouter des tours de tête. De quoi s’agit-il ? D’une banque de 80 sons divers (une allumette, un coup de caisse claire, une boite à meuh, etc.) enregistrée en binaural. Chaque son fait le tour de la tête, en 36 étapes : le temps de bien observer ce qui se passe et de s’habituer à recréer une projection régulière autour de soi. Les tours de tête et les explications sont .

L’autre approche est de construire la narration, la scène sonore de façon à fournir à l’auditeur un maximum d’indices pour cette zone de l’espace. Mais c’est une autre histoire !