Pour rendre hommage au réseau de résistance Shelburn (1944), la Communauté de Lanvollon-Plouha (22) a souhaité déployer sur les sentiers côtiers de l’anse Cochat un parcours sonore poétique.
La réalisation a été confiée à Pascal Rueff et met en oeuvre le dispositif de visite Chimera (audio 3D au casque et scénario asservi par GPS). Le dispositif de visite est bilingue (FR/EN) et les appareils sont à la disposition du public à l’office de tourisme de Lanvollon-Plouha. Un parcours moyen dure 1h30.


« En arrivant à Plouha je ne connaissais presque rien du réseau Shelburn. Découvrir une histoire à travers un médium audiovisuel, c’est recevoir un discours porté par des mots, de la musique, éventuellement par des sons. Ici, on est présence d’autre chose.
Deux heures plus tard, repartant de la plage Bonaparte je n’avais pas écouté un récit, j’avais vécu une histoire. Le travail de Pascal Rueff ouvre une expérience sensitive déroutante.
À l’abri sous le casque audio, l’esprit parcourt un espace temporel sans frontière où tout fait sens. Les voix, les sons, les musiques, apparaissent dans un présent qui n’est plus, mais que l’on vit avec l’intensité du rêve.
Autour de nous le monde est là. Le chemin, le vent, l’eau, la lumière sont à portée d’œil et de peau, mais l’on éprouve l’étrange sentiment de les appréhender avec les sens de ceux et celles qui les ont parcourus, au péril de leur vie pour sauver les aviateurs alliés.
La réalisation sonore, élaborée autour de la technologie binaurale, transpose le monde extérieur dans le temps intérieur de l’auditeur. En même temps, elle place le récit de l’aventure passée dans la matérialité de la nature environnante. Mais au-delà de ces considérations émotionnelles, restent le discours, le sens. Car contrairement à ce que pensent les réalisateurs d’audioguides, la mémoire est une émotion. En rentrant chez moi j’ai pu raconter à mes filles ce qu’était le réseau Shelburn et au-delà, quel questionnement il posait sur l’engagement humain. Sans effort, j’avais acquis une quantité d’informations historiques bien plus importante qu’avec un dispositif classique.
Cette transmission est le résultat d’un travail sonore binaural talentueux, mais aussi celui d’une technologie GPS aboutie.
Il faut se laisser porter par cette réalisation hors norme. On en revient plus cultivé, avec le sourire d’un rêve éveillé. »

Xavier Gibert, France Médias Monde – RFI

En 1944, le réseau d’évasion Shelburn exfiltre par la mer, à Plouha, Côtes-du-Nord, des aviateurs alliés tombés en territoire occupé.
Constitué de Français à priori ordinaires qui, sans perspective de gloire, risquent leur vie et celle de leurs proches pour évacuer de parfaits inconnus, le réseau Shelburn prend en charge dans des conditions difficiles les pilotes que l’Angleterre juge indispensables à la poursuite de la guerre. La formation d’un aviateur est longue et couteuse (« 30 000 dollars et 2 ans », soit environ 300 000 euros d’aujourd’hui). Le réseau Shelburn en sauve quelque cent quarante, en huit opérations parfaitement menées.
Les pilotes sont acheminés vers la côte, cachés chez l’habitant jusqu’à l’arrivée du message codé qui déclenche chaque opération. Rassemblés à la « maison d’Alphonse », conduits jusqu’à la plage de l’anse Cochat par un dangereux sentier, les évadés quittent le continent par les canots d’une corvette anglaise, rapide et silencieuse. L’opération se déroule par une nuit sans lune, sous la menace des patrouilles allemandes, des champs de mines et de la surveillance côtière campée sur la Pointe de la Tour.

Chimera-Shelburn évoque l’ambiance du dernier kilomètre qui mène les évadés à la mer. Le parcours sonore mixe des scènes tirées de la réalité (un guide aux aguets sur le sentier), captées en 3D, une pièce de musique concrète et une voix-off (en français ou en anglais). La géolocalisation ajuste la narration au parcours de l’auditeur.
Le thème est approché « du général au particulier », de la guerre aérienne, inventée durant le 20ème siècle, au réseau d’évasion Shelburn : les pilotes sont précieux et il faut les récupérer.

Texte & création sonore : Pascal Rueff
Musique : Christophe Ruetsch
Avec Morgan Touzé et Patrick Lizana
Informatique : Christophe Baratay
Boîtiers de visite : Maël Bellec (Sonj) & Feichter Electronics
Production L’Agence du Verbe