Les prises de son réalisées avec la plupart des têtes (artificielles ou naturelles) présentent un défaut de couleur sonore. Des pointes dans le registre médium nuisent au naturel de la prise de son et l’expérience d’immersion n’est pas optimale.
Ce phénomène est patent même lorsque l’auditeur a réalisé l’enregistrement avec ses propres oreilles.

Notre perception de l’espace sonore est basée sur la variation de la couleur sonore (avec les indices de temps et d’intensité) des sources sonores qui atteignent nos oreilles. La complexité anatomique de l’oreille colore le son pour fournir au cerveau des indices de direction, c’est son rôle.
Mais l’oreille est aussi entachée d’une coloration indépendante de la direction. En écoute naturelle, ce défaut de neutralité est corrigé de façon transparente par le cerveau, calibré par des années de pratique permanente. En prise de son par contre, cela équivaut à travailler avec un microphone non linéaire. Le registre médium est faux et cette sensation nous éloigne de l’écoute naturelle.

Nous pouvons travailler la réponse en fréquence du système de captation avec nos outils habituels et donc équaliser les rushs tout simplement. Mais cette étape peut aussi s’envisager avec une plus grande précision et la technique d’eqMatching notamment.
L’eqMatching consiste à automatiser l’équalisation d’un son « cible » à partir de l’analyse d’un son « référent ». En général, le nombre et le choix des filtres ne sont plus du ressort de l’utilisateur. Outil un peu marginal, destiné à plaquer une « couleur sonore » sur un son ou même un mix, l’eqMatching est d’un grand secours pour l’équalisation des systèmes binauraux car il est particulièrement précis. Et nous avons besoin d’être précis, parce que nous allons toucher à la couleur sonore et que la couleur sonore règle la spatialité. Nous voulons enlever le défaut de timbre de la prise de son, pas ses caractéristiques de projection sonore. Il faut donc une référence pertinente. Quelle est-elle ?

S’il s’agissait d’un microphone standard, il suffirait de mesurer sa réponse en fréquence avec un bruit large bande, une enceinte de qualité elle-même linéarisée et des conditions anéchoïques. Le son de référence serait un bruit rose et l’outil d’eqMatching compenserait les défauts de réponse de microphone sur cette base linéaire.
Avec un microphone binaural — une tête —, nous devons distinguer le défaut de linéarité imputable au microphone des variations de couleur imputables à la spatialité. Nous voulons seulement ôter la non-linéarité indépendante de la direction, c’est-à-dire commune à toutes les directions. En conséquence, c’est à partir de la mesure de l’HRTF du système de prise de son que se calcule cette composante. L’équalisation qui en résulte est dite « champ diffus » puisqu’elle découle des contributions de tout l’espace (vu comme le champ diffus).

La mesure d’HRTF a fait des progrès et, au-delà de l’approche acoustique, des solutions plus abordables devraient être opérationnelles à court terme (calcul à partir d’un scan 3D, par exemple).
L’équalisation champ diffus est une bonne manière de normaliser le timbre des prises de son binaurales et l’eqMatching un outil pratique pour harmoniser des prises de son binaurales d’origines diverses.