Une boîte jaune (la mienne est jaune). Un casque. Un site. Un site réel : parc, ensemble monumental, ville. Marcher.
Vue de l’extérieur, ça doit ressembler à ça, Chimera.
Pour le promeneur sous son casque, c’est plutôt comme avoir changé de monde.


Pas tant parce qu’il expérimente un système nouveau, amusant, ni que sa promenade dessine une sorte de fil sous la nébuleuse satellitaire du réseau GPS. Et peut-être même pas pour l’histoire qui se déroule dans l’intimité de ses oreilles. Mais bien plutôt parce que pour lui, toute cette affaire a l’air de se passer hors du casque, de se superposer à la réalité tangible, espèce de projection. Espèce de rêve éveillé dont on ne ferait pas les frais.
C’est ça Chimera : un projecteur de composition 3D, une bulle transparente aimantée par la promenade de l’auditeur.

J’ai découvert l’intérêt de ce truc paramilitaire qu’est le GPS sur un terrain plutôt flou, quelque part où les routes partent en couilles à cause d’une vieille affaire interdite d’antenne ici (mais pas ). Ce n’est pas tant que je risquais de me perdre, mais de retour en France, ma collection de points pouvait commencer à dessiner sur Google Earth une façon de se représenter la réalité qui n’avait pas d’équivalent au sol.
Avec le temps, la connaissance du terrain -pied à pied- et ces changements d’altitudes finiraient par composer une géographie hybride inimaginable quinze ans plus tôt.

L’engouement pour les parcours géolocalisés commençait à venir. Un appareil vous délivre sa pilule multimédia à tel ou tel endroit de la promenade : une image, un son, un texte. Le Parc du Mercantour l’expérimentait.
À l’occasion d’une discussion avec le producteur Philippe Langlois, l’idée d’écrire pour ce nouveau canal de diffusion commençait à trotter. L’idée d’écrire selon nos propres codes. Des fictions, de la musique, voire de la poésie. Il faut dire que la rencontre était amorcée par Lionel Viard, directeur d’Elektrophonie, éminent diffuseur de musique acousmatique.
Je sais qu’à ce stade, l’affaire paraît bien intello : «oui, messieurs, nous allons faire dire quelque chose de sensible à ces boîtes».
À ce stade, il s’agissait surtout de savoir comment déployer sur une carte une partition quelconque. C’est-à-dire en somme comment passer d’une pilule à l’autre, comment les lier, comment créer une continuité. L’outil manquait tout à fait.

Trois ans plus tard, la partie logicielle développée par Christophe Baratay est double.
Une application de composition associe sur un plan des séquences sonores et des zones et définit tout le comportement audio à partir d’une banque d’actions, en fonction du parcours de l’utilisateur.
Puis la partition est exportée vers une application mobile de lecture où, renseigné par un gps, le scénario est alors asservi aux déplacements du promeneur.
L’expérience de Christophe en matière d’informatique audio nous a permis de sophistiquer les interactions possibles et de préparer l’outil aux langages artistiques.
D’emblée conçu pour un contenu binaural, la qualité du système réside dans sa capacité multipiste (au besoin synchronisé), la précision des déclenchements (2-3 mètres) et la spatialisation des sources sonores dans la sphère d’écoute de l’utilisateur.
Le son binaural permet de construire une couche (un mille-feuille) de pseudo-réalité, fictionnelle, musicale ou documentaire sur les lieux visités, sans impact sur les sites.
Mis au point durant les Nuits Bleues d’Elektrophonie, le système fonctionne.

Depuis juillet 2009 (et jusqu’en 2012), Chimera est opérationnel dans le très beau cadre de la Saline Royale d’Arc et Senans (département du Doubs).
La composition [Chlorures] offre jusqu’à trois heures de voyage dans l’enceinte de la Saline. Elle s’intéresse à une période peu documentée de l’histoire du site (le Seconde Guerre Mondiale) et évoque de façon poétique tout le cycle de production du sel.

En pratique :

Le système Chimera permet de composer pour la promenade.
Il asservit un lecteur de partition binaurale à la position géographique de l’auditeur.
L’ensemble tient dans une petite boite tour-de-cou et alimente deux casques.
Des démonstrations sont possibles sur rendez-vous. Il suffit de prendre contact avec la station.