Chronique de (bon) voisinage
#01 La question du jour
Les poils anti-vent du système binaural ont une odeur qui dessine quoi dans ta tête ?
#02 Nouveaux voisins
Janvier 2021. Le blaireau est un animal discret. Jusqu’il y a peu, c’était une victime de la route : je n’en voyais jamais, sinon mort sur le bas-côté.
Or, depuis le début de l’année, le blaireau est bien vivant. Il vit même en couple. Et depuis le printemps, c’est même un animal carrément familial : autour du père ou de la mère, cinq blaireautins patauds, mais vaillants, déclenchent toutes les nuits (ou presque) nos pièges photographiques dans le bois d’à côté.
La qualité de l’image n’est pas extraordinaire, nos appareils sont sourds comme des pots (sauf au vent dirait-on), mais comment mieux prendre conscience de la vie de nos concitoyens sauvages, tant nos espaces-temps ont l’air de cohabiter sans se croiser ?
Le quartier est peuplé de toute la faune qui s’accommode de ce biotope (un bois de feuillus) : faisan, lapin, lièvre, renard, chevreuil, rongeurs et mustélidés divers, dont le blaireau. Le seul à ne pas déclencher les pièges : le sanglier. Pas d’écureuil, pas de hérisson.
Les sentiers sont communs, chacun les emprunte à ses heures. Idem pour les terriers : monsieur et madame Blaireau ne ferment pas leur petit labyrinthe. Mulots, rats, lapins, rats musqués, renards les fréquentent avec des rythmes asynchrones.



#03 Petits constats
Deux-trois petits constats personnels à propos du blaireau.
L’animal maîtrise la marche arrière. Technique épatante pour rapporter au terrier de la litière propre (herbes, feuilles) avec le paquet coincé entre les pattes avant et le menton (troisième pince).
Une bouille sympathique, une démarche un poil mal foutue, mais des dents, des griffes et un petit côté blindé léger qui ne donnent pas forcément envie d’aller taper la discute. J’ai cru comprendre que les chiens de chasse ne s’en tirent pas toujours bien.
Car oui, le blaireau reste chassé en France, au motif qu’il serait susceptible de causer des dégâts aux cultures. L’agriculteur le plus proche ne s’en plaint pas, mais raconte comment il a failli basculer une moissonneuse (du lourd donc) sur un bord de champ miné par un quartier de blaireaux. Aucun mal au final, mais du temps perdu pour l’un et un logement off pour les autres.




A surveiller nos voisins sauvages depuis six mois, avec Fred Genty (et les enfants des uns et des autres), on les trouve propres ces blaireaux (avec leurs petits pots à crottes creusés ici et là), discrets, bien élevés. Sans doute un peu à la dure par des parents pas forcément copains-copains avec la progéniture, mais attentifs, c’est sûr.
La page Wikipedia consacrée au blaireau européen nous dit que l’animal adulte pèse en moyenne 12 kg, qu’il peut déblayer quarante tonnes de terre (!) pour creuser son terrier, dont les galeries peuvent descendre à 3 ou 4 mètres.
On s’émerveille, en vidant les cartes mémoires le dimanche après-midi, du passage tranquille d’un chevreuil vers 16h30 au soleil, ou des travaux de terrassement, d’approvisionnement en foin, de furieuses séances de grattage et de glissades des blaireautins, ou encore de la course d’un œil minuscule, éblouissant dans l’infrarouge. On note alors la vidéo avec le code couleur souris parce que le détail de l’image ne permet pas tellement d’identifier les petits animaux.
#04 Surveillance
Vidéo surveillance
De nuit, les pièges éclairent et filment en infrarouge. L’œil (humain) ne le voit pas : qu’en est-il pour les animaux que nous observons ?
Pour nos blaireautins de l’année, la nuit est ce moment de noir, à l’air libre, ponctué de minutes d’infrarouge. Quant à savoir si cette longueur d’onde leur fiche des coups de soleil, mystère !
L’acuité visuelle du blaireau est réputée mauvaise. Aucun enregistrement ne montre qu’ils voient les caméras. Il nous est arrivé de disposer un piège à hauteur de truffe et là, oui, on peut les voir s’approcher en reniflant et déguerpir aussitôt que nos odeurs d’aliens leur sautent au nez. A l’inverse, l’attitude des renards (et des chats) laisse penser qu’ils pourraient voir la lumière infrarouge des pièges.
Un mix de mouvement et de changement de température déclenche l’enregistrement. Nous relevons les pièges une fois par semaine, pour vider les cartes mémoire et recharger les batteries. Enquête tranquille, collectage d’un temps qui n’est pas le nôtre sur un territoire que nous partageons (plus ou moins).
Une nuit d’avril, un blaireautin resté seul se met à piouner. Le pauvre micro du piège en témoigne. Il va être temps de sortir du matos plus finaud.
Monochrome mais sonore
C’est avec le documentariste animalier Yannick Cherel, lui aussi trégorois, que l’on tente une captation sonorisée en binaural. Une caméra sensible à l’infrarouge posée au sol, deux projecteurs infrarouges et une tête binaurale surveillent toute la nuit une des gueules principales du réseau de terriers.
Comme pour les hirondelles, le cycle est intéressant. Le soleil s’est couché à 21h18, l’enregistrement débute à 22h24. Assez vite, on a quelques petits déplacements dans les feuilles, un peu de solidien (transmission sonore par le sol), une chouette, des aboiements à plusieurs centaines de mètres, l’acoustique du coin et la rumeur de route de l’axe Guingamp-Tréguier parce que le vent souffle gentiment de l’ouest. La terre est sèche. Le système de prise de son est fixé à un arbre par une liaison rigide : tout l’arbre est transmetteur des basses fréquences qui se propagent dans le sol.
A 1h00, les blaireautins sont de sortie, pour une demi-heure de leurs mini pugilats, aussi brefs qu’intenses : ça grogne assez sévère ces petits machins. Un dernier bricole encore dix minutes et voilà, toute l’équipe est passée sous terre.
A 5h46, on entend un premier oiseau diurne, le soleil se lève à 6h59. Bel épisode de chouettes vers 5h30, avec déjà la recrudescence de la lointaine circulation automobile.

#05 Colocation
Nos voisins partagent le même espace, mais pas le même temps. Un peu comme si les propriétés foncières d’homo sapiens glissaient les unes dans les autres d’heure en heure.
Scène familiale chez les Blaireaux
Parfois, les voisins rencontrent d’autres voisins.
Le territoire de chacun dépend de l’heure (le gars Chevreuil devant la gueule principale de la famille Blaireau, de jour)
Qu’est-ce que je disais…
Monsieur Martre, d’habitude plutôt furtif, devant la gueule principale.
#06 Inventaire 2021
On trouve ici les compilations, par animaux, pour l’année 2021, c’est-à-dire depuis que l’on a commencé à observer la vie dans l’Île aux Blaireaux.
A noter :
- Pour les animaux très présents, les compilations sont mensuelles
- La numérotation est arbitraire
- N’ont été conservées que les images pour lesquelles l’animal est dans le cadre : cut avant qu’il n’y soit, cut quand il en sort ; sauf si l’action le justifie (parce que l’animal revient tout de suite, par exemple)
- Les images sont montées dans l’ordre chronologique
- Les caméras ne sont pas strictement synchronisées
- Le son est coupé : il est insignifiant sur ces caméras (Victure HC300)
- Le thermomètre n’a pas été évalué
- Les rushs sont disponibles, dans une qualité un poil meilleure
Réalisé avec l’aide de Fred Genty, Yannick Cherel et du propriétaire humain du terrain.
Blaireaux
Chevreuils
#07 Naissances
Printemps 2022. Six blaireautins sont nés. La maternité a changé de trou. Leurs premières sorties ne sont pas filmées.
Les caméras surveillaient le terrier choisi par un couple de renards. On attendait la sortie des renardeaux. Ils devaient commencer à jouer devant le trou mi-avril. Mais le temps passe et la place est occupée par les léporidés (et il y a quelques vidéos de lapereaux).
Je pense que la renarde a déménagé ses petits. A l’insu des pièges vidéo. Bien joué, madame…
Ou alors… je ne sais pas.
Il est temps de remettre des micros sur la marmaille.
#08 Inventaire 2022
On trouve ici les compilations, par animaux, pour l’année 2022, dans l’Île aux Blaireaux.
A noter :
- Pour les animaux très présents, les compilations sont mensuelles
- La numérotation est arbitraire
- N’ont été conservées que les images pour lesquelles l’animal est dans le cadre : cut avant qu’il n’y soit, cut quand il en sort ; sauf si l’action le justifie (parce que l’animal revient assez vite, par exemple)
- Les images sont montées dans l’ordre chronologique
- Les caméras ne sont pas strictement synchronisées
- Le son est coupé : il est insignifiant sur ces caméras (Victure HC300)
- Le thermomètre n’a pas été évalué
- Les rushs sont disponibles, dans une qualité un poil meilleure
Réalisé avec l’aide de Fred Genty, Yannick Cherel et du propriétaire humain du terrain.
Mustélidés
Renards
Léporidés
Rongeurs
Oiseaux
Blaireaux
Chevreuils
#09 Inventaire 2024
En 2023, histoire de laisser en paix les animaux, je n’ai pas mis les pieds dans l’île.
En fin d’année, un petit sondage avec les pièges vidéo confirme que le site est toujours bien vivant.
L’échantillonnage reprend début 2024 avec le dispositif testé en 2021 : caméra 4K, éclairage infrarouge et son binaural. Le matériel est posé pour la nuit, une ou deux fois par semaine.
L’objectif est de compiler suffisamment de scènes pour produire — qui sait — une narration d’ici un an.
#10 Inventaire 2026
En 2025, histoire de laisser en paix les animaux, je n’ai pas mis les pieds dans l’île, sauf un petit sondage en fin d’année, histoire de voir ce qu’il en est.
On trouve ici les compilations, par animaux, pour l’année 2026, dans l’Île aux Blaireaux.
A noter :
- Pour les animaux très présents, les compilations sont mensuelles
- La numérotation est arbitraire
- N’ont été conservées que les images pour lesquelles l’animal est dans le cadre : cut avant qu’il n’y soit, cut quand il en sort ; sauf si l’action le justifie (parce que l’animal revient assez vite, par exemple)
- Les images sont montées dans l’ordre chronologique
- Les caméras ne sont pas strictement synchronisées
- Le son est coupé : il est insignifiant sur ces caméras (Victure HC300)
- Le thermomètre n’a pas été évalué
- Les rushs sont disponibles, dans une qualité un poil meilleure
Réalisé avec l’aide de Fred Genty, Yannick Cherel et du propriétaire humain du terrain.
Pour donner une idée de l’ambiance sur place, les vidéos suivantes sont réalisées l’une au coucher du soleil, l’autre au lever et sonorisées en binaural. Un sonogramme montre en continu la répartition énergie/fréquence.
